Analyse de la stratégie marketing de Kraaft.co
Kraaft est une application mobile française qui résout un problème épineux et récurrent pour les équipes de travaux : centraliser les échanges informels (liés à l’activité) lors d’un chantier.
Dans la pratique, les hommes sur chantier trouvent plus simple et plus rapide de s’échanger des photos et des indications par messageries instantanées plutôt que par email. L’utilisation de ces messageries est pratique, mais il est souvent bien difficile de retrouver, plusieurs mois après une intervention, la photo qui prouve la présence d’un élément imprévu ou la bonne réalisation d’une intervention ou encore, la validation du chef d’équipe sur une exécution différente de celle planifiée.
Cependant, Kraaft n’est pas une énième messagerie professionnelle puisque l’application propose des fonctionnalités adaptées au secteur du BTP, comme la géolocalisation des photos, la gestion des plans et la création de rapports personnalisés.
Interfaces de Kraaft. co
L’application
Kraaft se télécharge très facilement depuis l’Apple Store ou Google Play. Comme il existe un plan gratuit, chacun peut l’essayer pour se faire une idée de son intérêt dans sa pratique métier.
La promesse de l’app’ est claire dès le 1ᵉʳ écran :
L’interface mobile de Kraaft est minimaliste avec une UX bien pensée. On comprend rapidement comment l’utiliser :
À ce stade, le nouvel utilisateur se pose la question de la différence entre la version gratuite qu’il vient de télécharger et la version payante.
L’utilisateur cherche à savoir si cet outil :
serait vraiment adapté à son activité (= intérêt pour les cas d’usage et les témoignages)
pourrait répondre à des problématiques fréquentes (= compréhension des fonctionnalités)
peut remplacer plusieurs outils déjà en place ( = identification des problématiques résolues, comme simplifier le quotidien des équipes et faire des gains financiers sur les licences).
Le nouvel utilisateur devient alors un lead et se dirige vers le site internet afin de trouver les réponses à ses interrogations.
Le site internet
En se rendant sur kraaft.co, la proposition de valeur (= le slogan) est limpide :” Le WhatsApp des chantiers”. L’analogie avec WhatsApp permet à chacun de comprendre rapidement la proposition de Kraaft. Le sous-titre apporte le complément d’information qui permet de comprendre que ce n’est pas “juste” une nouvelle messagerie “Discute facilement sur le terrain. Et génère des rapports en un clic une fois au bureau.”.
Au-dessus de la ligne de flottaison, la visualisation de l’interface mobile et web finalisent la compréhension rapide de la solution. C’est une excellente pratique pour les solutions “non palpables”, comme les logiciels ou applications.
Le lead se projette immédiatement dans le produit :
Bien que de nombreux éléments soient présents (logos d’entreprises clientes, vidéo de démonstration, captures d’écrans), des améliorations pourraient être apportées à la home page afin de la rendre plus convaincante :
Détailler et remonter la section bénéfices ;
Ajouter un tableau comparatif avec Kraaft / Sans Kraaft pour appuyer sur l’intérêt de la solution ;
Ajouter des chiffres pour asseoir la crédibilité de la solution (nombre de chantiers, nombre d’utilisateurs, années d’existence, pays concernés…) ;
Indiquer à qui s’adresse Kraaft soit par métier, soit par taille d’entreprise, soit par secteur (VRD, techniques spéciales …) ;
Ajouter des boutons “call to action” et leur donner une couleur qui tranche pour améliorer le CRO ;
Ajouter une section FAQ.
Un choix étonnant en B2B : le tutoiement
À la lecture de cette page d’accueil, j’ai été frappée par le choix de l’entreprise de tutoyer ses visiteurs. En France, le choix du vouvoiement ou non est un sujet extrêmement sensible en business. Mais, en B2B, la question est généralement rapidement tranchée avec le vouvoiement.
Peut-être que ce choix s’explique par la cible de Kraaft.co, à savoir les petites et moyennes entreprises de construction.
Ce parti pris m’a d’ailleurs tellement interpellée que j’ai contacté Marc Nègre, l’un des fondateurs :
L’équipe de Kraaft accorde beaucoup d’importance à la compréhension de leurs usagers et de leurs besoins en se rendant très souvent sur le terrain.
Néanmoins, je m’interroge dans quelle mesure cela ne pourrait pas nuire à la crédibilité de Kraaft auprès de grands acteurs du secteur.
Les canaux d’acquisition
Les contenus écrits
Le site possède une section blog assez fournie, qui mêle des études de cas, des news, des témoignages vidéo ou des comparatifs. Une organisation par type d’articles permettrait au visiteur de s’y retrouver, de naviguer entre les pages du site et contribuerait au SEO.
Le trafic organique connaît une nette progression depuis 2022. L’entreprise a dû faire appel à un/des rédacteur(s) spécialisé(s) avec des articles qui se positionnent sur des sujets de construction, du type “compte rendu de chantier”. Ainsi, des requêtes thématiques permettent d’amener des visiteurs sur le site de Kraaft.
La section blog n’est d’ailleurs pas accessible depuis le menu d’entête, ce qui est dommage pour le visiteur qui cherche à approfondir sa connaissance du produit.
Enfin, Kraaft se lancer à la conquête de nouveaux pays, comme l’Allemagne. Or, le site ne possède pas de version linguistique autre que le français, ce qui va rapidement être problématique pour un développement à l’international.
Linkedin
La page entreprise sur Linkedin réunit 7K abonnés. Ce qui est énorme pour une entreprise ultra-nichée dans un secteur concurrentiel et qui s’adressait, jusqu’à présent, principalement au marché français ! Capitaliser sur cette audience pourrait être une bonne stratégie.
Cependant, Linkedin est une plateforme qui favorise les interactions entre humains. Certains profils de l’entreprise (customer success manager, lead product manager) prennent d’ailleurs la parole sur ce réseau, mais essentiellement pour relayer les posts actualités de la page entreprise. Si l’équipe est motivée pour s’exprimer sur ce réseau, pourquoi ne pas les former aux codes de Linkedin et les aider à bâtir une stratégie éditoriale cohérente ?
La publicité
Bien que Kraaft s’adresse au marché B2B, l’entreprise teste les publicités sur Meta, ce qui semble très judicieux par rapport à sa cible. En effet, les ouvriers dans le bâtiment ont des pauses réglementées et passent souvent du temps dans leur camionnette à scroller sur Facebook, Instagram ou YouTube. Ces campagnes de pub peuvent donc fortement contribuer à faire connaître la marque.
La campagne en cours (février 2025) semble conduire vers un seul appel à l’action : installer l’application. Une vision globale du tunnel de vente permettrait de pousser certains contenus existants à des utilisateurs déjà exposés aux pubs de Kraft.
Conclusion
Kraaft a sans contexte trouvé son product market fit, comme le prouve son nombre d’utilisateurs et la confiance des investisseurs. De gros efforts ont déjà été fournis dans la création de contenus. Ils mériteraient d’être soutenus par quelques actions stratégiques en marketing pour aller conquérir de nouveaux marchés et améliorer la perception de la solution.
Enfin, Kraaft semble fédérer une communauté autour de son produit. Peut-être qu’un concours auprès de ses utilisateurs, qui les inciterait à recommander l’application auprès d’autres entreprises ou anciens collègues, serait une stratégie gagnante.
J’espère que cette première édition vous aura plu et vous aura donné des idées pour votre propre stratégie marketing. Pensez à laisser un commentaire si c’est le cas.
Rendez-vous le mois prochain pour une autre analyse !
Laure, l’architecte (re)convertie au marketing.
PS : Cette analyse de stratégie marketing n’est forcément pas exhaustive puisqu’elle a été réalisée sur base des éléments accessibles par tout un chacun. J’ai également choisi les angles qui me paraissaient les plus pertinents en délaissant certains résultats de mes recherches.








